Régions du Centre : la MINUSMA rapproche les habitants de deux communes après sept ans de conflits

4 mai 2021

Régions du Centre : la MINUSMA rapproche les habitants de deux communes après sept ans de conflits

Dans le Secteur Centre, une opération de la Force onusienne a permis à la Division des Affaires civiles (DAC) de la MINUSMA, en étroite collaboration avec l'Equipe Régionale d'Appui à la Réconciliation (ERAR), de se rendre au plus près des communautés de Tori et Sokoura, dans la région de Bandiagara, qui ont accepté d’avancer ensemble vers la résolution des conflits qui les opposaient.

 

« Cela fait 7 ans depuis que nos deux communautés ne se parlaient plus, à cause de la méfiance qui s’était installée entre nous, à la suite des conflits que nous avons connus. Ces dialogues marquent un tournant important pour nos deux communautés », s’était réjouie une femme, membre de la CAFO de Tori. C’était à la suite des dialogues qui ont conduit, le 30 janvier dernier à Sévaré dans un cadre neutre, à la signature de la feuille route entre les communes voisines de Tori et Soukoura que désormais seuls les 15 km de route séparent.

 

L’opération intégrée Buffalo dry pour faciliter le suivi des dialogues intercommunautaires

 

En effet, les 23 et 24 avril 2021, la MINUSMA Mopti a effectué deux missions intégrées consécutives dans les communes de Tori et Sokoura, dans le cercle de Bankass, région de Bandiagara, afin d’assurer le suivi d’une feuille de route signée, en janvier dernier par les habitants des deux communes. C’était à la suite d'un dialogue encadré par l'Equipe Régionale d'Appui à la Réconciliation (ERAR) avec l'appui technique et financier de la MINUSMA et la facilitation d’un partenaire local : l’Initiative malienne d’appui au développement local (IMADEL). Dans le cadre de ces missions, la DAC et l’ERAR poursuivaient l’objectif de s’enquérir des avancées enregistrées par les deux Comités de Réconciliation (CR) mis en place dans les deux communes.

 

« La MINUSMA veut soutenir les communautés afin qu’elles maintiennent l’élan insufflé par les premières discussions que nous avons appuyées en permettant aux deux communautés de se retrouver pour s’écouter et comprendre la perspective de l’autre. Je salue la détermination des communes de Tori et Sokoura qui travaillent désormais ensemble à poursuivre le dialogue, et trouver les voies et moyens pour une cohabitation pacifique », a indiqué Fatou THIAM, Cheffe du Bureau régional de la MINUSMA à Mopti. La représentante de la MINUSMA dans le Centre a aussi souligné l’importance de l’approche intégrée des missions de terrain. Elles permettent aux équipes d’analyser la situation sous divers angles en lien avec le mandat de la MINUSMA, afin de rester continuellement à l’écoute des populations du Centre.

 

Ces deux missions sécurisées par un détachement de la Force de la MINUSMA cantonné dans une base opérationnelle temporaire à Ogossagou, se sont déroulées dans le cadre de l’opération Buffalo Dry mise sur pied dans le Secteur centre pour faciliter le travail des piliers civils de la MINUSMA auprès des populations locales, en appui aux autorités régionales.

 

Buffalo Dry (opération sèche) est une opération intégrant le pilier civil, les composantes de la Police onusienne (UNPOL) et la Force de la MINUSMA mettant conjointement en œuvre des actions en appui aux initiatives de réconciliation entre les communautés des zones exondées, mais aussi concourant à veiller au respect des droits de l’homme à Bandiagara, Bankass et Koro, au Centre du Mali. À cela s’ajoutent les patrouilles des Casques bleus dans les zones de l’opération et de ses environs afin d’assurer la sécurité de la population et à contribuer à la restauration de l’autorité de l’Etat malien. Des patrouilles qui, parfois, donnent naissance à de nouveaux espoirs. L’équipe médicale du bataillon sénégalais manœuvrant l’opération sur le terrain, est à plusieurs reprises, sollicitée par les populations pour porter assistance à des personnes malades. Au fil des villages sillonnés par les patrouilles de la Force onusienne, parmi toutes les personnes soignées, le nouveau-né que les Casques bleus ont aidé à venir au monde, est sans doute le plus bel encouragement et le meilleur rappel des raisons de leur engagement au service de la paix au Mali.

Les forces vives de Tori et Sokoura ensemble dans la mise en œuvre de leur feuille de route

En janvier 2021, le dialogue de deux jours sous l’égide de l'ERAR soutenue par la DAC-MINUSMA, qui a réuni les communautés de Tori et de Sokoura à Sévaré, Mopti, s'était conclu par l'adoption d'une feuille de route commune. Cette dernière  portait essentiellement sur le retour des populations déplacées, l'organisation d'assemblées périodiques de dialogue et de réconciliation, et une campagne de sensibilisation des populations sur la cohésion et la résolution pacifique des conflits.

Convaincues de leur rôle dans la poursuite du dialogue en vue de trouver des solutions durables aux différends affectant leurs communautés, les femmes s’étaient également engagées à organiser un dialogue rassemblant les femmes de leurs deux communes. Parmi les autres recommandations formulées par les forces vives des deux communes, figurait l'amélioration de la participation de tous les acteurs aux affaires publiques et au plaidoyer auprès de l'Etat pour la sécurisation des routes et des villages.

 

Dans chacune des localités, l'équipe intégrée de la MINUSMA s’est entretenue avec les maires des communes de Tori et Sokoura, en présence des membres des Comités de Réconciliation (CR), des leaders traditionnels et coutumiers, ainsi que des représentants des jeunes et des femmes. Pour le Président du CR de Tori, Abdoulaye Ali TOGO, cet apaisement est également  à la conjugaison d’efforts actifs des deux CR de Tori et Sokoura pour sensibiliser les différents villages des deux communes, y compris les groupes armés, dans le souci de créer un environnement propice à la restauration de la confiance.

 

Dans ce sens, le 7 avril dernier, les deux CR ont organisé, de manière conjointe, une assemblée générale au cours de laquelle ils ont déterminé les éléments prioritaires urgents de la feuille de route du 30 janvier. Ils ont, dans ce contexte de dialogue rétabli, convenu de se concentrer sur l'assistance aux personnes retournées, de porter un plaidoyer en faveur du retour des Forces de défense et de sécurité maliennes dans leur base de Sokoura, la création d'activités génératrices de revenus pour les jeunes femmes ainsi que la réouverture des écoles publiques.

 

Le dialogue se poursuit, dans l’espoir de créer un environnement propice au retour des services sociaux de base

 

Pour l’instant, si les communautés cheminent ensemble vers la réconciliation, les portes de toutes les écoles de Sokoura sont encore fermées alors que seuls trois des 12 établissements scolaires de Tori fonctionnent. Le maire de Tori estime que plus d’un millier d’élèves de sa commune se sont déplacés vers d’autres zones dans l’espoir de continuer leurs études étudier dans d’autres communes où les écoles sont ouvertes. En somme, il a souligné la nécessité de rétablir les services sociaux de base.

 

Lors de la visite de terrain de la MINUSMA à Tori, le 23 avril dernier, le maire de la commune a déclaré qu’il y a eu une nette amélioration depuis la mise en place du Comité de Réconciliation qui a permis de mettre en relation les deux collectivités. « Avec l’implication des CR composés de notabilités des deux communes, les gens dialoguent sans crainte. Actuellement, les gens circulent de Tori à Sokoura, sans crainte, alors que cela n’était plus possible, quelques mois plus tôt », s’est félicité le maire. Selon Boubacar KODIO, les déplacés d’au moins un village et d’un hameau peulhs sont revenus tandis qu’actuellement, deux autres villages et deux autres hameaux dogons s’apprêteraient à retourner dans leurs zones d’origine, pendant que les CR renforcent la sensibilisation pour faciliter leur réintégration à leur retour.

 

Après Tori, l’équipe intégrée de la MINUSMA, à savoir son Bureau de l’Information publique et sa Division des affaires civiles à Mopti ainsi que le partenaire ERAR, sous escorte des Casques bleus sénégalais menant l’opération Buffalo Dry, se sont rendus, le samedi 24 avril, à Sokoura. A nouveau, dans cette commune, l’équipe s’est imprégnée de l’état de mise en œuvre de la feuille de route. Près d’une centaine de personnes venues des villages de la commune, réunies en plein air dans les cours de la mairie de Tori, en deux groupes séparés, ont fièrement témoigné des retombées positives des dialogues entamés avec la commune sœur de Sokoura. 

 

"Ne pas perdre de vue nos objectifs de trouver une solution commune " 

Exprimant sa satisfaction du déroulement du processus de dialogue, le représentant de l’ERAR, Aniessa DARRA, dresse un bilan positif découlant de l’intérêt manifesté par les deux communautés. Il a rappelé que « Cette partie du centre était purement et simplement coupée du monde. On ne pouvait pas y avoir de rencontres encore moins venir pour parler de paix et de cohésion sociale. Aujourd’hui, c’est une grande joie de voir des membres issus de l’ensemble des communautés Dafing, Dogon et Peulh réunis dans une même salle pour parler de paix et de leur avenir commun et de façon cordiale ».

Lors termes des échanges, à l’instar de Tori, le président du CR, Yaya TRAORE, a présenté le bilan d’activités réalisées dans la commune et de concert avec la voisine. « Jusqu’ici, les dialogues ont eu des impacts positifs sur la relation auparavant tendue entre nos deux communes. Nous mettons le paquet, avec le soutien de la MINUSMA et de l’ERAR, pour ne pas perdre de vue nos objectifs de trouver une solution commune. Les membres du comité de réconciliation de Tori ont même passé la nuit à Sokoura dans le cadre de la mise en œuvre des actions fédératrices », a-t-il expliqué. Au-delà de l’hospitalité de la commune de Tori, c’est un fort témoignage des tensions dissipées et de l’engagement des deux parties dans ce processus de résolution de conflits.

 

Sur toutes les lèvres, dans les deux communes, un seul souhait : le retour de la paix. « Si on s’est réuni aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu du calme. Nous rendons grâce à Dieu qui nous a montrés ce jour, et je prie pour que les déplacés reviennent et que nous connaissons des lendemains meilleurs », s’est exclamée une femme membre de la société civile de Sokoura, avant de lancer à l’endroit de la MINUSMA « Votre présence ici nous rassure. Merci de ne pas nous avoir oubliés ».