Pour éviter d’attirer l’attention sur les victimes, Abdouramane et Amadou se déplacent à pied jusqu’à une maison. « Nous ne venons pas avec une grosse équipe de sécurité et des militaires très visibles ; nous essayons d’être discrets dans notre approche, c’est important pour le respect et la sécurité de la famille, » explique Abdouramane.
Tout en marchant, les collègues discutent des procédures. « On ne va pas parler avec les autorités du contenu des échanges sans l’accord des personnes interrogées, c’est important que ces dernières le sachent pour s’exprimer en toute confiance. Il est également important qu’elles nous disent ce qu’elles attendent des autorités pour qu’au besoin, nous puissions faire du plaidoyer, » souligne Abdouramane Bakayoko. Expliquer le déroulement de l’entretien en sélectionnant les mots justes est d’ailleurs la première étape lors des discussions avec les victimes.
Chaque entretien est différent. Certaines victimes sont réticentes à parler. D’autres s’ouvrent plus facilement. Chaque fois, les chargés des droits de l’Homme prennent le temps qu’il faut pour écouter et mettre la personne en confiance. « On demande souvent aux victimes si la gendarmerie, les autorités sont venues. Pour nous, c’est très important de savoir parce que ça montre que les autorités prennent action. Il faut aussi indiquer aux personnes interrogées que c’est un bon signe que ces gens viennent les rencontrer, que c’est la justice qui suit son cours, » précise Abdouramane.
Une responsabilité : lutter contre l’impunité
« Le plus difficile dans ce travail, c’est d’être toujours en contact avec des gens qui souffrent ; mais c’est un travail qui est aussi stimulant. Lorsqu’on réussit à obtenir des informations, c’est là qu’on peut agir, que des actions peuvent être prises. C’est ce qui est important, » constate Abdouramane qui travaille depuis 2007 sur les questions de droits de l’Homme.
« On interagit aussi avec les populations pour leur expliquer leurs droits. On leur donne des outils pour qu’elles puissent comprendre les limites, indiquer à certains acteurs que ce n’est pas leur rôle de prendre telle ou telle action, et dénoncer elles-mêmes, » précise-t-il.
Le travail d’investigation en est d’abord un de vérification ; cette étape permet ensuite d’activer le travail d’autres acteurs, au sein même de la MINUSMA. La section des Affaires civiles pourra, par exemple, travailler à la cohésion sociale à la suite de troubles dans une région spécifique.
« L’important, c’est de lutter contre d’impunité ; si on règle l’impunité, je pense que la majorité des problèmes seront réglés. La justice doit être équitable pour tous, » conclut Amadou Bâ.
Si vous êtes victimes ou témoins de violations ou d’abus des droits de l’Homme, vous pouvez contacter la Division des droits de l’Homme :
Bamako, Kayes, Sikasso, Ségou, et Koulikoro : 94951351 (Bambara, Songhaï, Français, Arabe, Tamasheq).
Gao et Ménaka : 94951663 (Bambara, Songhaï, Français, Tamasheq) ;
Kidal : 94951244 (Tamasheq, Arabe, Bambara, Songhaï) ;
Mopti : 94950028 (Bambara, Français, Bozo et Peulh) ;
Tombouctou : 94951177 (Bambara, Songhaï, Français) ;
Pour plus d’information sur le travail de la MINUSMA au niveau des droits de l’Homme, consultez :