Security Council Briefing on Mali - Statement of El-Ghassim Wane, Special Representative of the Secretary-General for Mali – 27 January 2023

28 Jan 2023

Security Council Briefing on Mali - Statement of El-Ghassim Wane, Special Representative of the Secretary-General for Mali – 27 January 2023

Monsieur le Président du Conseil de sécurité,

Mesdames et messieurs les représentants des membres du Conseil de sécurité,

Monsieur le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République du Mali, cher frère Abdoulaye Diop,

1.      Je m’adresse au Conseil à un moment particulier dans les efforts collectifs en cours visant à promouvoir durablement la paix et la sécurité au Mali. A cet égard, trois aspects méritent d’être soulignés. Premièrement, nous sommes à mi-chemin du cycle du mandat de la Mission tel que renouvelé en juin dernier, avec l’accent mis sur le soutien à la mise en œuvre de l’Accord de paix, le soutien au processus de transition et le soutien à la stabilisation des régions du Centre du Mali. Deuxièmement, le Mali débute une année critique sur la voie du retour à l’ordre constitutionnel, avec plusieurs scrutins prévus à partir de mars de cette année. Et enfin, nous venons de conclure la revue stratégique de la Mission, tel que demandé par ce Conseil, avec des propositions sur la voie à suivre.

2.      Dans ce contexte, cette session revêt une importance renouvelée. Elle permettra d’examiner les développements des trois derniers mois, en ayant à l’esprit la performance d’ensemble de la Mission et les trajectoires qui pourraient être envisagées après une présence de près de dix ans au Mali. Je suis reconnaissant de l’opportunité qui m’est donnée de faire une communication à ce stade et j’apprécie le soutien continu du Conseil à la MINUSMA.

Sécurité

Monsieur le Président,

3.      Lors de ma dernière intervention devant le Conseil, j’avais souligné la complexité de l’environnement sécuritaire. Au cours des derniers mois, la situation a continué à être complexe, en particulier dans le Centre et dans la zone des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

4.      Les activités du JNIM et de l’État islamique continuent d’entretenir l’insécurité à Gao et à Ménaka, tandis que les autres régions du nord du Mali sont gravement touchées par le déplacement des populations affectées. Deux aspects méritent d’être soulignés ici. Premièrement, les affrontements entre le JNIM et l’Etat islamique, comme cela a été observé en divers endroits en décembre et en janvier, notamment dans le cercle d’Ansongo, dans la région de Gao, et dans la zone d'Andéramboukane, dans la région de Ménaka. Deuxièmement, la poursuite des attaques délibérées de l’Etat islamique et du JNIM contre les civils. Entre autres exemples, l’on peut citer le blocus du village de Tessit, dans le cercle d’Ansongo, au mois de décembre, et les attaques qui ont été menées par des extrémistes affiliés au JNIM contre le village de N’tillit, dans le cercle d’Ansongo, en janvier. Des pressions similaires exercées par les extrémistes sur les civils ont été observées dans la région de Ménaka.

5.      Dans le centre du Mali, les FAMa ont intensifié leurs efforts, ce qui a permis une amélioration dans certaines localités et une diminution du nombre d’incidents sécuritaires. Cela dit, les groupes extrémistes conservent la capacité de mener des opérations coordonnées et complexes, comme en témoignent les attaques revendiquées par le JNIM dans le cercle de Tenenkou, dans la région de Mopti, et dans le cercle de Macina, dans la région de Ségou, le 10 janvier 2023. En 2022, la région de Mopti est la région qui a connu le plus grand nombre d’incidents et la plus grande proportion de victimes.

6.      Du fait de la persistance des défis sécuritaires, le nombre de personnes déplacés internes reste élevé. Au mois de décembre 2022, il s’élevait à un peu plus de 410 000 personnes. Au total, 8,8 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, soit une augmentation de 17 % comparé au début de l’année 2022. 2 millions d’enfants de moins de 5 ans restent affectés par la malnutrition aiguë. La sécurité du personnel humanitaire est une préoccupation majeure : en 2022, plusieurs incidents ont touché le personnel humanitaire, dont cinq travailleurs humanitaires qui ont été malheureusement tués dans les régions de Kayes, Ménaka et Ségou. La nécessité de mobiliser des ressources supplémentaires est tout aussi importante. À ce jour, seuls 38 % des 686 millions de dollars demandés dans le cadre du Plan de réponse humanitaire pour l’année 2022 ont été obtenus.

7.      Au cours du dernier trimestre, la MINUSMA a continué à déployer des efforts soutenus pour protéger les civils malgré l’environnement difficile dans lequel elle opère et les lacunes capacitaires importantes auxquelles la Mission est confrontée, et ce évidemment en appui et en complément aux efforts des Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM). Entre autres activités, je voudrais relever qu’à Ménaka, les patrouilles de jour et de nuit se poursuivent en coordination avec les forces de défense et de sécurité maliennes; et à Gao, de nouveaux plans sont mis en œuvre avec nos partenaires maliens pour renforcer la protection des sites de personnes déplacées dans la périphérie de la ville, sites qui ont fait l’objet d’attaques de la part d’éléments extrémistes, tout récemment à la fin du mois de décembre 2022 et au début du mois de janvier 2023. Nos opérations se poursuivent également dans d’autres régions du Mali où nous sommes déployés.

8.      Dans la période à venir, la capacité de la MINUSMA à contribuer plus efficacement à l’amélioration de la situation sécuritaire en appui aux forces de défense et de sécurité maliennes dépendra de plusieurs facteurs.

9.      Le premier facteur a trait à la mise à disposition des capacités requises et au remplacement en temps voulu des pays contributeurs de troupes qui ont décidé de quitter la Mission. Il est encourageant de constater que des moyens aériens supplémentaires provenant de l’Inde, du Bangladesh et du Pakistan devraient être déployés à Tombouctou, à Gao et à Mopti, respectivement, dans les mois à venir. En outre, l’unité d’hélicoptères pakistanais actuellement basée à Tombouctou sera transférée à Mopti. Nous travaillons également avec les autorités maliennes pour la mise à disposition d’un terrain afin de permettre le déploiement de l'unité de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) promise de longue date par la Chine. Des efforts sont en cours pour remplacer les unités qui quittent la Mission ou qui prévoient de le faire. Je ne saurais trop insister sur l’importance de ces efforts, car le nombre total de troupes concernées représente 17 % de l’effectif total autorisé de la Mission.

10.    Deuxièmement, il est nécessaire de renforcer la coordination avec les Forces de défense et de sécurité maliennes, conformément aux dispositions pertinentes du mandat de la Mission et au Protocole d’accord de novembre 2017 entre la MINUSMA et le Mali. C’est également une préoccupation que les autorités maliennes ont soulevée. L’utilisation judicieuse des ressources et des capacités existantes, qu’elles soient des capacités maliennes ou des capacités de la MINUSMA, est primordiale, notamment pour la protection des civils. Tout au long de la période sous revue, nous avons maintenu une interaction continue avec les autorités maliennes sur cette question. Le 18 janvier, la Mission a eu des discussions approfondies avec l’état-major de l’armée malienne en vue de renforcer les mécanismes conjoints de planification et de coordination. Je forme l’espoir d’un suivi diligent et concret qui nous permettra d’avancer sur cette question importante.

11.    Enfin, le respect de la liberté de mouvement conformément à l’Accord sur le statut des forces est une nécessité absolue. Plus spécifiquement, je voudrais insister sur l’importance que revêt les vols de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) pour la sécurité et la sûreté de nos casques bleus ainsi que pour l’exécution de notre mandat de protection des civils. Nous continuerons à travailler avec les autorités maliennes, en nous appuyant sur la nouvelle procédure convenue le 15 novembre 2022 et sur les discussions qui ont eu lieu subséquemment, dont la plus récente date du 18 janvier 2023, pour que nous parvenions à un accord durable en ce qui concerne l'autorisation des vols de nos drones.

Monsieur le Président,

12.    Comme cela a été dit à plusieurs reprises, la lutte contre le terrorisme comporte nécessairement une composante militaire et sécuritaire. Cependant, pour réussir, ces opérations doivent être ancrées dans une approche globale qui s’attaque aux défis institutionnels, de gouvernance et socio-économiques qui constituent un terrain fertile pour la propagation de l’extrémisme violent. La stratégie pour la stabilisation des régions du Centre, adoptée par le Gouvernement malien en août dernier, est un pas important à cet égard. L’accent doit maintenant être mis sur sa mise en œuvre résolue. Pour sa part, la MINUSMA a renforcé sa collaboration avec le secrétariat permanent du Cadre politique pour la gestion de la crise au Centre et soutient l'opérationnalisation des comités de gouvernance régionaux prévus par la Stratégie. Avec l’équipe pays des Nations unies, nous avons aligné nos activités sur les priorités définies par le gouvernement malien.

13.    Le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans la conduite des opérations militaires et l’obligation de reddition des comptes en cas de violations sont de la plus haute importance pour faire efficacement face au fléau du terrorisme et de l’extrémisme. À cet égard, la Mission a maintenu le dialogue avec les autorités maliennes et a continué à fournir un soutien technique et en termes de renforcement des capacités. En 2022, la Mission a organisé 122 sessions de formation et de sensibilisation pour un peu plus de 3000 éléments des forces de défense et de sécurité maliennes, dont 563 femmes. La promulgation par le Président de la Transition d’une loi fixant les modalités d’indemnisation des dommages résultant de violations graves des droits de l’homme est une mesure bienvenue, il importe de s’en féliciter. Dans le même ordre d'idées, je voudrais relever la condamnation, le 24 janvier 2023, par la Cour d’assises de Bamako, d’un individu pour une attaque terroriste en février 2019 qui avait entraîné la mort de trois casques bleus.

14.    La dernière évaluation de la situation des droits de l’homme pour la période considérée a révélé que le nombre global de violations a légèrement diminué et que les groupes terroristes en étaient les principaux auteurs. La MINUSMA continuera à enquêter sur les allégations de violations et d’abus des droits de l’homme et, à cette fin, nous comptons sur la pleine coopération des autorités maliennes. Je relève, pour m’en féliciter, la rencontre entre le Ministre des Affaires étrangères du Mali et le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, qui a permis une discussion constructive sur la situation des droits de l’homme et les obligations du Mali en la matière, y compris à travers un renforcement de la coopération et de la collaboration existantes.

Transition and Peace Process

Mr. President,

15.    Mali is less than two months away from the constitutional referendum that would mark the first of a series of polls expected to culminate with the restoration of constitutional order in March 2024. The Malian authorities continue to demonstrate commitment to hold these polls on time, as illustrated by the establishment of the central structures of the new Independent Electoral Management Body, following the adoption of a new electoral law in June 2022, the elaboration of a preliminary draft constitution and the update of the electoral register from October to December, even though turnout remained low.

16.    However, several challenges remain. They relate notably to the full operationalization of the new Independent Electoral Management Body, which requires the establishment of local offices across the country, as well as the finalization of the ongoing constitutional review process. 

17.    On this last point, it is worth mentioning that in December, in view of the reactions of different stakeholders, the Transition President established a 51-member committee to finalize the draft and ensure sufficient buy-in within the Malian society.

18.    Meanwhile, a series of consultations with political parties and civil society have been conducted by the Transition authorities to discuss various aspects of the preparation of the constitutional referendum and other elections. These initiatives must be encouraged and supported, for inclusion and consensus are crucial for the overall success of the Transition process.

19.    Two other aspects will determine the trajectory of the electoral process.

20.    First, the availability of the necessary financial and logistical resources. To date, only 60% of the resources required for the UN Basket Fund for electoral support have been mobilized. I encourage international partners to increase their support to Mali in this crucial endeavor. On its part, MINUSMA, including in collaboration with the UN Country Team, is providing technical and logistical support to the electoral process. Steps are underway to increase that support.

21.    Second, the evolution of the security situation which affects all stages of the electoral cycle. MINUSMA will avail every possible support to the Malian authorities in their efforts to secure the electoral process.

Peace Agreement

Mr. President,

22.    My last briefing to the Council took place against the backdrop of renewed momentum in the implementation of the peace process following the August high-level decision-making meeting among the Malian parties and the subsequent Ministerial session of the Agreement Monitoring Committee in September. Not only did the parties endorse the government’s proposal for the integration of 26,000 combatants into state structures, including the defence and security forces, but they also agreed to set up an ad hoc commission to resolve the outstanding issues of grades and ranks for senior officers of the signatory movements. The terms of reference of the ad hoc commission were agreed upon, and MINUSMA pledged to extend the necessary support for its proceedings.

23.    Furthermore, the Movements were given slots in the ad hoc commission established by the Transition President to finalize the draft constitution to ensure that the institutional reforms required for the implementation of the peace agreement are taken into account.

24.    Unfortunately, in the last two months, new challenges arose with disagreement over the level of participation of the Government in the CSA ordinary sessions and other related issues. This culminated in the decision by the signatory movements in December to suspend their participations in the peace process.

25.    MINUSMA, along with the other members of the international mediation, led by Algeria, has spared no effort to promote dialogue between the signatory parties to overcome the current difficulties. In December, I travelled to Algiers to discuss with Foreign Affairs Minister Ramtane Lamamra, who subsequently visited Mali for consultations with the Malian authorities. Follow up discussions took place in Algiers with the visit, mid-January, of the Malian Minister of Foreign Affairs and the Malian Minister of National Reconciliation. A few days ago, I met with the Malian Minister of National Reconciliation to exchange on the way forward. Consultations were also held with the signatory movements.

26.    I encourage the parties to spare no efforts to overcome the current difficulties and achieve decisive progress in the implementation of the peace agreement. Ultimately, they bear the primary responsibility for the success of this process. The ongoing transition offers a unique opportunity to advance the agreement. An opportunity that cannot and should not be squandered.

27.    I would like to take this opportunity to appreciate Algeria’s steadfast commitment and role in the efforts aimed at facilitating the implementation of the Peace and Reconciliation Agreement in Mali. I also pay tribute to the other members of the International Mediation for their role.

Mr. President,

28.    Let me conclude by underlining that the situation in Mali continues to warrant sustained attention and engagement, particularly from this Council.

29.    MINUSMA has been deployed in Mali for close to 10 years now. Over that period, the Mission has accomplished much. But the objectives that were set by the Council are yet to be fully achieved and the context has witnessed significant changes. In this regard, the review requested by the Council provides the opportunity for Mali and other members of the international community to determine the best way forward.

30.    As the Council considers the recommendations of the Secretary-General, it is worth keeping in mind that stabilizing Mali is critical not only for the country itself but also for the entire region.

I thank you for your kind attention.